possédoit ce monarque et les vues supérieures dont il étoit dépourvu. Il ne s'agissoit point de rétablir d'abord, et en politique et en administration, les vieilles institutions qui avoient déjà été altérées avant lui, et qu'il avoit à peu près achevé de détruire. Ce sont là les parties périssables de la société: les refaire ce qu'elles avoient été n'étoit pas possible, et ce qu'elles avoient de bon se seroit en quelque sorte rétabli de lui-même. Un roi, tel que nous l'imaginons, eût eu pour première pensée d'aller à la source du mal: il eût reconnu qu'en séparant violemment le pouvoir politique du pouvoir religieux, son prédécesseur avoit attaqué le principe même de la vie dans une société chrétienne; et son premier soin eût été d'en renouer l'antique alliance, et de la raffermir sur ses bases naturelles. C'est-à-dire qu'au lieu de se prémunir contre les _entreprises_ de Rome, il eût supplié Rome de concourir avec lui à rétablir l'ordre au milieu de cette société, dont Dieu l'avoit fait chef à la charge de lui en rendre compte, en la ramenant, de la licence des opinions qui menaçoient de la pénétrer de toutes parts, à cette unité de croyances et de doctrines que la soumission seule peut produire, puisque croire et se soumettre sont en effet une seule et même chose; d'où il résulte qu'il y a révolte et désordre partout où manque la foi. Il eût donné lui-même l'exemple de cette soumission. La corruption qu'apportoient avec elles ces opinions licencieuses ne s'étoit pas encore introduite dans les entrailles du corps social: jusqu'alors elle n'en avoit attaqué que les superficies; et, hors des classes supérieures de la société, des parlementaires, et de quelques coteries qui croissoient sous les auspices d'un petit nombre d'évêques et d'ecclésiastiques jansénistes ou gallicans, le catholicisme étoit partout. La France avoit le bonheur de posséder un clergé puissant par ses richesses, et dont par conséquent l'influence étoit grande au milieu des peuples, sur lesquels il se faisoit un devoir de les répandre. Il étoit si loin d'avoir adopté ces maximes d'une prétendue indépendance, qui le livroient honteusement et sans défense aux caprices du pouvoir temporel, que ceux-là même de ses membres, et sauf quelques exceptions, qui d'abord s'y étoient laissé séduire, revenoient déjà sur leurs pas, effrayés des conséquences qu'entraînoient après elles ces maximes dangereuses. Au premier signal des deux puissances, cette milice de l'Église pouvoit encore opérer des prodiges: le jansénisme rentroit dans la poussière; l'impiété seroit demeurée silencieuse ou se fût faite hypocrite; l'esprit parlementaire, c'est-à-dire l'esprit de révolte, eût été comprimé, et peut-être eût-il fini par s'éteindre. S'aidant, pour atteindre un si noble but, de toutes ces ressources de civilisation et de puissance matérielle créées par son prédécesseur, et dont celui-ci avoit fait un si funeste usage, le fils aîné de l'Église, le roi très chrétien, pouvoit acquérir la gloire incomparable de ranimer pour des siècles, non pas seulement ce beau royaume de France, mais encore toute la chrétienté expirante. Ce moyen de salut, le seul qu'il fût possible d'employer, le duc de Bourgogne étoit, dit-on, capable de le comprendre et de le mettre à exécution; et nous sommes portés à le croire d'un élève de Fénélon, celui de tous les évêques de France qui entendoit le mieux cette politique chrétienne, et qui avoit le mieux saisi toutes les fautes du règne qui venoit de finir. La Providence en avoit décidé autrement: ce prince fut enlevé à une nation qui mettoit en lui toutes ses espérances; et au milieu des orages que tant de fautes avoient accumulés sur elle, un enfant en bas âge fut...
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Edward Nguyen
1 year agoI didn't expect much, but the narrative structure is incredibly compelling. Exactly what I needed.