de l'Autriche, étaient naturellement pour nous d'utiles auxiliaires. Et c'est ainsi que, sous la protection de la France, s'était fondée et développée la grandeur des Hohenzollern, qui, d'électeurs de Brandebourg, étaient devenus rois de Prusse. Mais la situation s'était modifiée. Les conquêtes de Richelieu et de Mazarin, consacrées par les traités de Westphalie et des Pyrénées, les victoires de Louis XIV, ses défaites même, aboutissant à la paix d'Utrecht, avaient bouleversé la carte de l'Europe. La Maison d'Autriche avait été à tout jamais chassée d'Espagne, où les Bourbons l'avaient remplacée, et si elle était demeurée d'abord un danger par ses possessions d'Italie, par ses domaines des Pays-Bas surtout, où la coalition l'avait manifestement placée comme une avant-garde contre nous, et par l'alliance de l'Angleterre, qui, sympathique à Louis XIV, sous les Stuarts, avait repris, avec Guillaume III et la Maison de Hanovre, toutes ses traditions antifrançaises, les traités de Vienne et d'Aix-la-Chapelle, qui l'avaient évincée de Naples et de Parme, en même temps que le traité de Belgrade la refoulait du côté de l'Orient[6], avaient bien affaibli son prestige, tandis que grandissait parallèlement celui de la Prusse. Convenait-il de pousser jusqu'au bout nos revendications, de poursuivre jusqu'à l'épuisement l'abaissement d'un adversaire vieilli et humilié, pour élever sur ses ruines une puissance jeune, remuante, belliqueuse, dont le chef, sans autre règle que ses convoitises, sans autre frein que ses intérêts, sans autres scrupules que ceux de son ambition, venait de montrer, dès ses débuts, qu'il n'était ni un client docile, ni un allié fidèle? Fallait-il, par un prétendu respect pour une politique traditionnelle et de famille, mais en réalité par esprit de routine, s'obstiner dans un système dont les effets utiles étaient produits, et ne valait-il pas mieux, en mettant fin à une lutte désormais sans objet, garantir les résultats acquis et consolider l'équilibre obtenu en assurant la paix? Depuis quelque temps, du reste, les observateurs attentifs auraient pu saisir des symptômes de détente dans la haine séculaire des Maisons de France et d'Autriche. L'empereur Charles VI, guéri de ses idées de conquête et éclairé par ses derniers échecs, songeait à se rapprocher de la France, et le cardinal de Fleury n'était nullement éloigné d'accepter ses ouvertures. «Il pensait, a-t-on écrit justement, que la France et l'Autriche, parvenues toutes deux à leur plein développement, devaient chercher à assurer leur pouvoir plutôt qu'à l'étendre et qu'elles feraient œuvre de sagesse en s'unissant pour exercer sur le reste de l'Europe une action modératrice[7].» L'adhésion de Versailles à la Pragmatique Sanction, qui assurait la succession des Habsbourg, semblait la consécration de cette politique d'apaisement, et le traité même de Belgrade, où l'influence française, s'exerçant au profit de la Turquie, avait déjoué les projets de l'Empereur, ne l'avait point altérée; une correspondance active s'était établie entre Charles VI et Fleury, et, s'il faut en croire un témoin non suspect, Frédéric II, ces relations intimes avaient été sur le point d'aboutir à la cession pacifique du grand-duché de Luxembourg au Roi[8]. On assure même qu'avant de mourir l'Empereur avait recommandé à sa fille de s'unir à la France[9]. Quant à Louis XV, dont l'esprit, naturellement juste, voyait souvent avec beaucoup de perspicacité le parti à prendre, sans avoir toujours l'énergie de le suivre, il partageait sur ce point les sentiments de son ministre et penchait visiblement vers un rapprochement avec la Cour de Vienne. «Le Roi gémissait depuis longtemps, lit-on dans les instructions données au comte d'Estrées, que les préjugés de la politique s'opposassent à l'établissement d'un système qui satisfaisait son cœur et qui lui paraissait plus propre qu'aucun autre à maintenir la vraie religion et...
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Noah Allen
4 months agoSimply put, the storytelling feels authentic and emotionally grounded. A true masterpiece.